7 questions au Dr Vincenzo Salsano, chirurgien digestif specialiste en chirurgie bariatrique et colo proctologie à Montpellier
Le kyste pilonidal, également appelé sinus pilonidal, est une maladie inflammatoire du sillon interfessier qui touche principalement les adolescents et les adultes jeunes.
Son mécanisme est aujourd’hui considéré comme essentiellement acquis : des poils ou des cheveux pénètrent sous la peau, entraînant une réaction inflammatoire autour de ces corps étrangers. Une coque inflammatoire et cicatricielle se constitue progressivement. Au fil des épisodes infectieux, des trajets secondaires ou des fistules peuvent apparaître. La maladie peut rester discrète pendant longtemps ou, au contraire, provoquer des abcès récidivants, des douleurs, des écoulements chroniques ou des saignements.
Pendant des décennies, son traitement a reposé principalement sur l’excision chirurgicale large, laissant parfois une plaie portante nécessitant plusieurs semaines de soins. Aujourd’hui, chez des patients correctement sélectionnés, une autre philosophie est possible : traiter la maladie par de très petits orifices, sans retirer largement la peau et les tissus du sillon interfessier.
Parmi ces techniques mini-invasives figure le SiLaC® – Sinus Laser-Assisted Closure, ou traitement laser du sinus pilonidal (voir la procédure ici : https://youtu.be/0sJpeNaoyBk?si=OM0zkGo9ZGAtXosJ).
Le Dr Vincenzo Salsano répond aux principales questions des patients.
Question 1 — Dr Salsano, le kyste pilonidal est-il fréquent et qui touche-t-il principalement ?
« Le kyste pilonidal est loin d’être une maladie exceptionnelle.
Les publications rapportent des incidences variables selon les populations, généralement de l’ordre de 26 à 100 nouveaux cas pour 100 000 personnes par an. La maladie apparaît surtout à la fin de l’adolescence et chez l’adulte jeune, avec un pic entre environ 15 et 30 ans.
C’est donc typiquement une maladie que nous rencontrons chez les lycéens, étudiants et jeunes adultes, avec une prédominance masculine.
Le mécanisme est assez simple à comprendre. Les mouvements des fesses, les frottements et la pression exercée sur le sillon interfessier favorisent la pénétration de poils à travers de petits orifices cutanés. Le corps considère alors ces poils comme des corps étrangers et développe autour d’eux une réaction inflammatoire.
Plusieurs facteurs peuvent favoriser la maladie :
- une pilosité importante ;
- un sillon interfessier profond ;
- le surpoids ou l’obésité ;
- la sédentarité et les longues périodes en position assise ;
- les frottements répétés ;
- la macération et la transpiration ;
- certains facteurs anatomiques ou familiaux.
Le tabac mérite également une attention particulière, notamment parce qu’il est défavorable à la cicatrisation et augmente le risque de complications postopératoires. En revanche, les données scientifiques actuelles ne permettent pas de le considérer à lui seul comme « le principal facteur causal » de la maladie.
Chez les patients en surpoids ou obèses que je rencontre également dans mon activité de chirurgie bariatrique, le sillon interfessier est souvent plus profond, avec davantage de frottements et de macération.
Le traitement ne doit donc pas se limiter à « enlever un kyste ». Il faut également essayer de corriger les facteurs qui entretiennent la maladie. »
Question 2 — Quelle conduite conseillez-vous chez un lycéen atteint d’un kyste pilonidal, notamment à l’approche du baccalauréat ?
« C’est une situation que nous rencontrons régulièrement et qui mérite une réflexion particulière. À 16, 17 ou 18 ans, plusieurs semaines d’arrêt scolaire et des pansements quotidiens peuvent avoir des conséquences importantes. À l’approche du baccalauréat ou des examens universitaires, notre objectif est donc de traiter efficacement la maladie en perturbant le moins possible la scolarité et la vie quotidienne. Il faut d’abord distinguer deux situations.
Le kyste est calme
Il existe quelques orifices, éventuellement un écoulement modéré ou des crises inflammatoires intermittentes, mais il n’y a pas d’abcès aigu. Lorsque la maladie est limitée et compatible avec une approche miniinvasive, le traitement laser SiLaC peut être particulièrement intéressant.
Il évite la grande plaie caractéristique d’une excision ouverte et permet généralement une récupération beaucoup plus rapide. Si les examens sont imminents et que le kyste reste parfaitement calme, il est également possible dans certains cas de différer l’intervention de quelques semaines et de programmer le traitement après les examens.
Pendant cette période, il faut maintenir une hygiène soigneuse du sillon interfessier, éviter la macération et surveiller l’apparition d’une douleur ou d’un gonflement. La gestion de la pilosité est également importante. L’épilation laser mérite notamment d’être discutée : un essai randomisé récent réalisé chez des adolescents et jeunes adultes a montré une diminution significative des récidives lorsque l’épilation laser était associée aux soins habituels.
Le kyste devient douloureux ou forme un abcès
La stratégie change complètement : il faut alors traiter l’infection sans attendre. »
Question 3 — Que faut-il faire en cas de crise aiguë avec un abcès pilonidal douloureux, rouge et gonflé ?
« Un véritable abcès pilonidal ne doit pas être laissé évoluer pendant plusieurs jours.
Le patient ressent généralement une douleur rapidement croissante et une tuméfaction rouge et très sensible. La position assise peut devenir pratiquement impossible.
Dans cette situation, le traitement de référence est le plus souvent l’ouverture et le drainage de l’abcès. L’objectif immédiat n’est pas encore de traiter définitivement tous les trajets du sinus pilonidal : il est d’évacuer le pus et de soulager l’infection.
Selon la taille de l’abcès, son emplacement, l’importance de l’inflammation et la tolérance du patient, le drainage peut être réalisé sous anesthésie locale ou sous
une courte anesthésie générale. Une zone très inflammatoire peut être difficile à anesthésier correctement avec une simple anesthésie locale.
Une fois l’abcès drainé, le soulagement est souvent très rapide. Les antibiotiques ne doivent pas être systématiques. Ils peuvent être nécessaires lorsqu’il existe une infection cutanée étendue autour de l’abcès, des signes généraux, un terrain particulier ou selon l’évaluation clinique du chirurgien.
Après résolution de l’épisode aigu, nous réévaluons le sinus afin de décider du traitement définitif. Et c’est précisément à ce moment que, lorsque l’anatomie s’y prête, une technique mini-invasive comme le SiLaC peut prendre toute sa place. »
Question 4 — En quoi consiste exactement le traitement mini-invasif du Kyste Pilonidal par laser SiLaC ?
« La philosophie est complètement différente de celle de la chirurgie classique.
Dans une excision traditionnelle, on cherche à retirer le kyste et les tissus qui l’entourent. Avec le SiLaC, nous cherchons au contraire à préserver les tissus et la peau du sillon interfessier. Le principe peut se résumer en deux objectifs :
- Retirer tous les corps étrangers, notamment les poils et les cheveux, puis,
- détruire la paroi interne du sinus afin que la cavité puisse se fermer sur elle-même.
L’intervention se déroule généralement en ambulatoire.
Dans notre pratique, elle est réalisée sous une anesthésie générale légère ou une sédation, associée à une infiltration d’anesthésique local du site opératoire. Elle
ne nécessite habituellement pas l’anesthésie lourde d’une chirurgie d’exérèse importante.
Nous commençons par identifier les différents orifices du sinus.
Ils sont ensuite légèrement dilatés. Les ouvertures cutanées restent très petites, généralement de quelques millimètres (0,5 mm punch à biopsie). À travers ces orifices, nous introduisons des instruments fins afin de retirer soigneusement les poils, les cheveux, les débris inflammatoires et tout le contenu du sinus.
Une curette permet ensuite d’aviver la paroi interne de la cavité.
Dans certaines situations, nous pouvons également utiliser un petit fibroscope permettant de contrôler l’intérieur du sinus et de rechercher d’éventuels trajets secondaires.
Une fois la cavité soigneusement nettoyée, une fine fibre laser est introduite.
L’énergie délivrée par cette fibre détruit progressivement la paroi du sinus et provoque sa rétraction.
L’objectif n’est donc pas de « découper » le kyste au laser. Le laser agit à l’intérieur même du trajet, afin de provoquer son affaissement et l’accolement progressif de ses parois.
Dans notre protocole opératoire, nous réalisons également un lavage sous pression avec serum physiologique et eau oxygéné et une aspiration entre les passages de la fibre laser afin d’éliminer au maximum les débris résiduels avant de compléter le traitement.
L’énergie utilisée est adaptée à la taille et à la configuration du sinus afin de traiter sa paroi tout en limitant l’agression thermique des tissus voisins.
À la fin de l’intervention, il ne reste généralement que un ou plusieurs petits orifices de quelques millimètres.
Il n’y a pas de grande cicatrice.
Il n’y a pas de grande cavité ouverte.
Et surtout, nous ne mettons pas de mèche dans la plaie après un SiLaC.
Un pansement simple et très compressif suffit. »
Question 5 — Quels sont les avantages du traitement Laser SiLaC par rapport à la chirurgie classique ? Peut-on traiter tous les kystes sacrococcygiens de cette manière ?
« Le premier avantage est évident : le traumatisme chirurgical est beaucoup plus faible.
Avec une excision traditionnelle ouverte, on retire une zone de peau et de tissu sous-cutané qui peut être relativement importante. La cicatrisation peut
nécessiter plusieurs semaines et parfois des soins infirmiers prolongés. Le SiLaC préserve au contraire pratiquement toute la peau du sillon interfessier. Cela se traduit généralement par :
- beaucoup moins de douleur postopératoire ;
- absence de grande plaie ouverte ;
- absence de méchage quotidien ;
- pansements beaucoup plus simples ;
- position assise rapidement possible ;
- reprise plus rapide de la vie quotidienne, des études ou du travail ;
- résultat esthétique très discret.
Mais il faut être parfaitement clair : le laser n’est pas nécessairement la meilleure solution pour tous les patients. La sélection des patients est essentielle.
Les recommandations européennes de coloproctologie reconnaissent aujourd’hui une place aux traitements mini-invasifs, dont le laser, notamment parce qu’ils préservent la peau et permettent une récupération rapide. Elles soulignent cependant que ces techniques peuvent être moins adaptées aux maladies très étendues ou complexes. C’est donc l’examen clinique qui permet de décider.
Un sinus relativement limité, même s’il comporte plusieurs petits orifices, peut être une excellente indication. À l’inverse, une maladie extrêmement étendue, comportant de multiples fistules très éloignées du sillon, des abcès complexes ou certaines récidives après plusieurs opérations, peut nécessiter une autre stratégie( exérèse avec pose de VAC ).
Mon principe est donc simple :
Utiliser la technique la moins agressive possible, mais suffisamment efficace pour traiter correctement la maladie du patient. La chirurgie moderne doit être une chirurgie adaptée à l’anatomie de chaque patient et non une intervention identique pour tous. »
Question 6 — Que se passe-t-il après l’intervention ? Peut-on s’asseoir, retourner au lycée ou reprendre rapidement le travail ?
C’est l’un des principaux intérêts de cette technique. Le patient regagne son domicile le jour même avec un pansement compressif.
Grâce à l’infiltration d’anesthésique local pratiquée pendant l’intervention, la position assise est généralement possible très rapidement.
À domicile, les soins sont simples. Le geste essentiel est réalisé sous la douche : nous demandons au patient de nettoyer soigneusement le sillon interfessier et de réaliser quotidiennement un massage doux de la zone pendant environ une minute.
L’objectif est de favoriser l’évacuation des petits écoulements réactionnels, d’éviter qu’une croûte ferme prématurément un orifice encore en cours de drainage et surtout d’éliminer les nouveaux poils ou cheveux pouvant tomber dans le sillon.
Un passage infirmier peut être prévu pendant les premiers jours afin de réaliser un pansement absorbant simple lorsque la zone suinte. Mais il n’y a jamais de méchage systématique après notre traitement SiLaC.
Et lorsqu’il n’existe plus d’écoulement, le passage quotidien de l’infirmière n’est généralement plus nécessaire. La reprise du travail ou des cours dépend naturellement de chaque patient, mais elle est souvent possible après quelques jours.
Dans l’étude multicentrique néerlandaise de Sluckin et collaborateurs portant sur 311 patients, la reprise des activités quotidiennes habituelles, travail compris, survenait en moyenne après 6 jours.
Autre élément très intéressant : 84 % des patients ne prenaient aucun antalgique ou uniquement du paracétamol après l’intervention. Nous conseillons généralement d’éviter les efforts sportifs importants pendant une dizaine de jours, puis de reprendre progressivement.
Un contrôle est proposé à environ un mois puis à six mois, éventuellement en téléconsultation lorsque la situation clinique le permet.
Question 7 — Quel est le risque de récidive après le laser ? Et que se passet-il si le kyste revient ?
C’est probablement la question la plus importante, car il faut éviter de présenter le laser comme un traitement miraculeux ! Le SiLaC présente des avantages considérables en termes de douleur, de cicatrice et de récupération, mais une récidive reste possible.
Les taux publiés varient beaucoup selon les études, la complexité des sinus traités et surtout la durée du suivi. Une méta-analyse publiée en 2026 regroupant les données disponibles sur les traitements mini-invasifs retrouvait pour le SiLaC un taux de guérison global d’environ 86 % et un taux de récidive agrégé proche de 11 %, mais avec une forte hétérogénéité entre les études. Il faut donc se méfier d’un chiffre unique.
Une étude multicentrique néerlandaise particulièrement intéressante, publiée par Sluckin et ses collaborateurs, a suivi 311 patients traités par SiLaC. Après une seule intervention, 26 % présentaient une récidive et 7 % une fermeture incomplète, soit un succès initial de 66 % après une procédure.
Mais cette étude montre quelque chose de fondamental concernant la philosophie du traitement mini-invasif : en cas d’échec, il est souvent possible de refaire un SiLaC sans avoir immédiatement recours à une chirurgie beaucoup plus agressive.
Après une deuxième procédure, le taux de succès cumulé atteignait 92 %. Après une troisième, il atteignait 98 %. Seulement 2 % des patients de cette série avaient finalement nécessité une chirurgie plus extensive après trois tentatives.
La satisfaction moyenne était par ailleurs extrêmement élevée : 9 sur 10.
Des données néerlandaises plus récentes, avec un suivi médian d’environ 33 mois, confirment que certains patients nécessitent une nouvelle intervention après SiLaC, mais montrent également que la répétition du laser permet à beaucoup d’entre eux d’éviter une chirurgie extensive.
C’est un changement de philosophie important.
Une récidive après une chirurgie classique peut signifier une nouvelle excision dans une zone déjà cicatricielle. Une récidive après un traitement mini-invasif peut, dans de nombreux cas, être traitée à nouveau de manière mini-invasive.
C’est pourquoi je préfère expliquer aux patients que notre objectif n’est pas seulement de rechercher le taux de réussite maximal après une seule intervention.
Il faut également regarder le prix à payer pour obtenir cette guérison : taille de la plaie, douleur, soins, arrêt scolaire ou professionnel, cicatrice et possibilité de répéter facilement le traitement si nécessaire.
Chez un jeune patient correctement sélectionné, la balance peut clairement être en faveur d’une approche mini-invasive.
En conclusion : une nouvelle philosophie du traitement du kyste pilonidal
« Pendant longtemps, l’idée dominante était simple : « il y a un kyste, il faut tout enlever ».
La chirurgie mini-invasive propose une logique différente : « retirons les poils et les corps étrangers, nettoyons les trajets malades, détruisons leur paroi et préservons autant que possible les tissus sains ».
Le SiLaC ne supprime pas toutes les indications de chirurgie classique et ne garantit pas l’absence de récidive.
En revanche, chez un patient bien sélectionné, il permet de traiter la maladie avec quelques orifices millimétriques, sans grande plaie, sans méchage, avec peu de douleur et une reprise beaucoup plus rapide de la vie quotidienne.
Pour un adolescent, un étudiant, un actif ou tout simplement un patient souhaitant éviter plusieurs semaines de soins, ces éléments comptent énormément.
C’est précisément le principe de la chirurgie mini-invasive : obtenir le maximum d’efficacité en provoquant le minimum de traumatisme nécessaire. »
Dr Vincenzo Salsano, Chirurgie digestive – Chirurgie Bariatrique-Coloproctologie – Traitement mini-invasif de la maladie pilonidale. Référence scientifique principale
Sluckin TC, Hazen SMJA, Smeenk RM, Schouten R. Sinus laser-assisted closure (SiLaC®) for pilonidal disease: results of a multicentre cohort study. Techniques in Coloproctology. 2022;26(2):135-141. DOI: 10.1007/s10151-021-02550-4.










